03/07/2009

Lecture pour les vacances... !

Avec l'aimbable autorisation d'André RUWET, rédacteur en chef de la revue "Imagine demain le monde" nous publions ci-dessous l'édito du dernier numéro. Nous ne pouvons que conseiller à tous nos fidèles visiteurs de s'abonner à cette excellente revue. N'hésitez pas à visiter le site :

http://www.imagine-magazine.com/lire/spip.php?rubrique80

imagine demain le monde

Bonne lecture....

Allez, les Verts !



« Il est trop tard pour être pessimiste », aime répéter Yann-Arthus Bertrand, le réalisateur du récent film Home*. Certes, mais vu l'urgence de la situation, c'est un peu court. En effet, quand les milieux scientifiques s'accordent à dire qu'« il reste dix ans pour sauver le climat », mieux vaut rester lucide. Sur quels espoirs fonder cet optimisme ? Quelles solutions réalistes mettre en œuvre pour sortir de l'impasse ?

Si nous voulons, collectivement, sortir l'humanité de la situation fâcheuse dans laquelle elle s'est enfoncée en malmenant la planète, une mobilisation semblable à celles qui se produisent en période de guerre est aujourd'hui nécessaire. C'est que le temps est compté et les enjeux colossaux.

Quand « écolo » était un gros mot

Ceux qui, depuis trois ou quatre décennies, sont sensibilisés à la cause de l'écologie connaissent par cœur ce cortège de pollutions, de naufrages, d'explosions, de fuites et d'accidents qui ont pour noms Minamata, Bhopal, Tchernobyl, Torrey Canyon, Amoco Cadiz, Erika... et autres catastrophes écologiques  : remplacement des agriculteurs par des machines et des molécules chimiques, saccage des forêts tropicales, surexploitation des mers et des océans, et surtout fuite en avant productiviste, dans une débauche de consommation d'énergies fossiles.
Dans une société de consommation triomphante, le mouvement écologiste naissant, tel David contre Goliath, a investi son énergie dans des combats locaux, pour s'opposer à tous ces dangers menaçant la vie et la santé de l'homme sur la planète : le nucléaire, les pesticides, les rejets de l'industrie chimique, la destruction des ressources de la biodiversité. L'industrie privilégiant alors le profit financier immédiat au détriment de l'intérêt collectif. Mais au nom du « progrès », bien sûr !
Dans les pays industrialisés, durant les « trente glorieuses », alors que les mouvements sociaux récoltaient, via une augmentation rapide de la consommation, les fruits de plus d'un siècle de luttes, les écologistes étaient pour leur part complètement marginalisés. Et jusqu'il y a peu, traiter quelqu'un d'« écolo » restait une insulte qui faisait rigoler les beaufs.
Dans nos régions, la tendance lourde des résultats des élections de juin dernier, c'est la montée des écologistes. Pour l'élection au Parlement européen, les Verts ont réalisé 16,2% en France et 23% en Belgique francophone. Aux élections régionales belges, Ecolo a grimpé jusqu'à 17,9 % à Bruxelles et 18,5 % en Wallonie. Ce ne fut pas la « déferlante verte » annoncée par certains sondages, mais tout de même une vraie vague. Après les 454.730 voix des Verts aux élections régionales en Communauté française, « écolo » n'est plus un gros mot désormais. Ouf !

Même Sarkozy se verdit...

Plus fondamentalement, les nombreuses faillites annoncées depuis l'automne dernier témoignent bien souvent de l'impasse du modèle « toujours plus ». En effet, quand General Motors, « le » constructeur automobile par excellence, dépose son bilan, cela veut dire que la voiture bling-bling (Buick, Cadillac, Chevrolet... et Hummer), qui a largement contribué à accréditer l'image mentale de la surconsommation comme allant de soi, a pris un sérieux coup dans l'aile. Et la porte entrouverte à l'écologie par Barack Obama, annonçant 150 milliards de dollars d'investissements dans les secteurs verts, témoigne évidemment de la prise de conscience du caractère précieux de l'énergie et des écosystèmes.
Autre nouvelle étonnante, même la France de Sarkozy, chantre planétaire du nucléaire, reconnaît qu'elle s'est trompée. Le 9 juin dernier (soit le surlendemain de la surprise électorale créée par la progression de la liste Europe écologie en France), l'hyperprésident a estimé que « le tout nucléaire avait été une erreur collective : la France pensait ne pas avoir besoin des énergies renouvelables. Là où nous dépensons un euro pour le nucléaire, nous dépenserons le même euro pour la recherche sur les technologies propres. Ce n'est pas l'un ou l'autre. C'est l'un et l'autre. Je réaffirme cet objectif non pas à l'horizon de 2015 ou 2020, mais tout de suite, maintenant  ».
« Tout de suite, maintenant », comme dit Sarkozy, le moment est sans doute venu d'investir massivement dans les comportements et les techniques dont nous disposons déjà pour réduire radicalement la production de gaz à effet de serre. Sans se laisser distraire de cet objectif premier par des « technologies révolutionnaires »... qui se révéleront peut-être illusoires et qui verront le jour après-demain ou à la Saint-Glinglin.

Lister les solutions réalistes

Dix ans, cela passe très vite. Nous n'avons pas le temps de tergiverser ! Le prochain Sommet sur le climat, qui se déroulera à Copenhague en décembre, est présenté comme celui « de la dernière chance ». Dès lors, le moment n'est-il pas venu, pour les scientifiques les plus en pointe, d'établir la liste des priorités afin d'éviter un accident climatique majeur ? Le moment n'est-il pas venu qu'une instance autorisée soit investie de la mission de proposer des réponses réalistes au problème et se charge :

1. d'expliquer simplement et clairement pourquoi il est urgent d'agir très vite :1], pour ne pas dépasser une augmentation de 2° de température moyenne à la surface de la terre dans les décennies à venir (une concentration de 500 ppm impliquerait un réchauffement global de 3 à 4°, l'emballement de la machine climatique et donc un climat « irrécupérable » pendant de très nombreuses générations) ; obligation impérieuse de maintenir la concentration des gaz à effet de serre sous la barre des 400 ppm [

2. d'intégrer le droit au développement des populations du Sud dans ce projet planétaire, ce qui implique bien évidemment le transfert de technologies appropriées pour à la fois lutter contre l'effet de serre, protéger les ressources naturelles et favoriser l'épanouissement matériel des populations ;

3. de répertorier les solutions abordables, au Nord comme au Sud de la planète,(lire notre dossier en pages 8 à 15) et l'élevage en relation directe avec le sol (plutôt que « hors sol », ce qui engendre une forte pollution et contribue à détruire la forêt tropicale) ; une réduction de la consommation de viande ; une relocalisation de la production alimentaire, et un rapprochement des zones urbaines et maraîchères ; une limitation drastique de la consommation des voitures en carburant ; une réduction de moitié des déplacements individuels en auto ; des investissements prioritaires dans les transports en commun et dans des espaces protégés réservés aux piétons et aux cyclistes ; le lancement de grands chantiers d'isolation et de rénovation de l'habitat ; un réaménagement du territoire intégrant autant que faire se peut les lieux de travail, de logement, de loisirs, les écoles, les crèches et les commerces ; la valorisation de l'écotourisme de proximité ; l'éducation à l'écologie, au respect de l'environnement et à la citoyenneté. parmi lesquelles : une fiscalité réduite pour les produits propres et économiseurs d'énergie  ; la construction massive de champs d'éoliennes interconnectés dans les zones les plus venteuses sur terre et en mer ; l'installation par millions de toits solaires ; l'exploitation à des fins énergétiques d'une partie de la biomasse ; le recyclage des déchets verts pour en tirer de l'énergie et des engrais ; la symbiose industrielle (recyclage, réutilisation et réduction du volume des déchets) ; le développement d'un nouveau modèle agricole favorisant l'agroforesterie

Wallonie-Bruxelles,
haut-lieu d'innovations

Pour la première fois, des Verts pourraient entrer dans des gouvernements régionaux sans être la force d'appoint dont on abuse, à la première occasion. S'ils jouent leurs cartes habilement, les Verts se montreront fermes sur leurs priorités : les solidarités sociales, la bonne gouvernance et, surtout, la mise en oeuvre volontariste de grands chantiers du développement durable.
Il est clair que les écologistes wallons et bruxellois ne pourront s'attaquer qu'à une petite partie du vaste programme ébauché ci-dessus. L'essentiel se joue à l'échelle européenne et mondiale. Ainsi, même si l'aviation commerciale constitue aujourd'hui une atteinte flagrante au droit des générations futures de disposer d'une planète viable, les Verts ne pourront pas arrêter cette débauche de vols low cost qui obère le développement durable en Wallonie [2].
Mais s'ils veulent être crédibles, les écologistes devraient pouvoir enfoncer quelques coins dans les secteurs riches en retombées pour l'emploi, le bien-être des populations et l'environnement. Il en est ainsi, par exemple, de l'isolation-rénovation des logements et du réaménagement de l'offre des transports en commun. La liaison autoroutière Cerexhe-Heuseux Beaufays (700 millions d'euros) devrait ainsi être gelée au profit de la construction d'un vrai réseau de tram à Liège.
Il n'est pas innocent que les Verts arrivent au pouvoir au moment où le monde doit impérativement changer [3]. Les enjeux sont de taille. Et les Belges francophones tout petits. Mais leur excellent score et l'exclusion mutuelle dans laquelle le PS et le MR se sont emmurés donnent aux Verts (alliés aux Oranges, en recherche d'une nouvelle identité) l'occasion de faire de la Wallonie et de Bruxelles un indispensable haut-lieu d'innovations sociales et écologiques.
Depuis 2002, Imagine magazine a pris son autonomie totale par rapport à Ecolo. Mais nous leur souhaitons évidemment bonne chance. Et nous nous réjouissons pour les cinq ans à venir. Allez, les Verts !

André Ruwet

*Diffusé sur certaines chaînes de télé, sur Internet et dans des lieux publics symboliques, le 5 juin dernier, ce film sur la planète vue du ciel peut être visionné gratuitement sur www.youtube.com

[1] Depuis le début de l'ère industrielle, l'Homme a augmenté la concentration des gaz à effet de serre dans l'atmosphère de plus d'un tiers. Aujourd'hui, cette concentration atteint quelque 385 ppm (parties par million en équivalent CO2). Si nous voulons éviter une concentration supérieure à 400 ppm, ce qui correspond à un risque d'augmentation de la température de 2° C environ, il faut que le pic des émissions globales de gaz à effet de serre soit atteint en 2015. Et diminue par la suite.

[2] Même si aujourd'hui, l'aviation n'est pas officiellement prise en compte dans les calculs de production de gaz à effet de serre.

[3] Ce texte a été rédigé le 11 juin, alors que les négociations politiques débutaient.

 

11:54 Écrit par ECOLO Thimister-Clermont dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |